Conseils
Financer un premier court métrage en Algérie : ce que nous avons appris
· Par Let's Make Your Film· 4 min de lecture

Matériel, équipe, partenaires, fonds d'aide, calendrier, dossier : ce que cinq éditions de Let's Make Your Film nous ont appris sur le financement d'un premier court.
C'est souvent la première question qu'on nous pose : comment financer un premier court métrage quand on n'a ni producteur, ni filmographie, ni réseau ? Il n'y a pas de recette miracle. Mais depuis 2018 et cinq éditions de Let's Make Your Film, nous avons appris quelques leçons. Les voici, sans détour.
Première leçon : l'argent n'est pas tout. Un court métrage coûte surtout en matériel, en logistique et en temps de travail. Sur l'édition 5, les quatre films ont été tournés avec le matériel et la logistique fournis par le programme. Et les chiffres du programme parlent d'eux-mêmes : 145 techniciens bénévoles, plus de 8 comédiens, plus de 120 figurants. Avant de chercher un gros budget, demande-toi ce qui peut être prêté, mutualisé ou apporté en compétences.
Deuxième leçon : entoure-toi. Aucun film de Let's Make Your Film ne s'est fait seul. Le programme s'appuie sur cinq partenaires techniques et fonds d'aide, et sur un réseau qui compte Solis Production, l'Institut français d'Algérie, le British Council, CinéMash, MYC3NE, IVPB, l'AMFF et Profile Agency. Un partenaire peut apporter un lieu, un savoir-faire, de la visibilité ou un soutien financier : pense large.
Pour un premier film, c'est souvent un programme d'accompagnement qui ouvre ces portes. Seul, frapper à chaque porte prend des mois. Porté par une structure, ton projet gagne en crédibilité auprès de ceux que tu sollicites.
Troisième leçon : les fonds d'aide récompensent un projet mûr. Publics ou privés, en Algérie ou à l'étranger, les fonds d'aide et les institutions culturelles lisent beaucoup de dossiers. Ce qui fait la différence, c'est un scénario abouti, un propos clair et une équipe crédible. Renseigne-toi sur chaque fonds, ses critères et ses dates : ils changent d'une année sur l'autre.
C'est là que l'écriture compte. Sur l'édition 5, les lauréats sont passés par CinéMash, une résidence d'écriture organisée avec Solis Production, l'Institut français d'Algérie et le British Council. Leurs scénarios y ont été lus et retravaillés avec des artistes d'autres disciplines. Un scénario relu, discuté et réécrit, c'est un dossier plus solide, quel que soit le guichet auquel tu frappes.
Quatrième leçon : pense calendrier. Un court métrage prend plus de temps qu'on ne l'imagine. Pour l'édition 5, la résidence d'écriture a précédé des tournages à l'été 2024, entre Alger, Blida, Sétif et Annaba, à raison d'environ une semaine par film. Montage, étalonnage, mixage et sous-titrage ont suivi, avec une sortie annoncée pour septembre 2025. Compte donc au moins une année entre le scénario et la première projection.
Cale ton calendrier sur celui des financeurs. Les dates limites des fonds tombent souvent bien avant le tournage, et une demande déposée trop tard peut te faire perdre une année entière. Note-les dès que tu te lances, et prévois le temps d'écrire chaque dossier correctement.
Cinquième leçon : soigne ton dossier. Qu'il s'adresse à un fonds, à un partenaire ou à un programme comme le nôtre, un bon dossier repose toujours sur les mêmes briques : une logline qui tient en une phrase, un synopsis court et un synopsis long, une note d'intention qui dit pourquoi toi et pourquoi maintenant, un budget estimé et l'état d'avancement du projet.
Ajoute le scénario en PDF, un moodboard pour montrer l'univers visuel, ton CV et, si tu en as un, le lien vers un court métrage déjà réalisé. Un comité de sélection doit pouvoir comprendre ton film sans te connaître : chaque pièce doit l'y aider.
Sixième leçon : pense à la diffusion dès le départ. Un financeur veut savoir où ton film sera vu. Les films de Let's Make Your Film totalisent 82 sélections officielles et 16 prix et mentions, du FICA à Alger aux Journées cinématographiques de Carthage, du FESPACO à Clermont-Ferrand. Montrer que tu as réfléchi aux festivals et aux salles, c'est rassurer ceux qui misent sur toi.
Et n'oublie pas la diffusion près de chez toi. Pour l'édition 5, la sortie passe par une avant-première à Alger, puis par une tournée dans le réseau des cinémathèques et des antennes de l'Institut français d'Algérie. Un film qui rencontre son public, c'est un argument de plus pour le suivant.
Dernière chose : ne reste pas seul avec ton projet. Le financement d'un premier film, c'est d'abord une affaire de rencontres. Et si tu veux que la prochaine se fasse chez nous, surveille notre page Appel à candidature : c'est là qu'ouvrira la prochaine édition de Let's Make Your Film.


